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Stratégie canadienne de la biodiversité

Biodiversité : Notre héritage vivant

A. Fondement biologique du développement durable

La conservation de la biodiversité et l'utilisation durable des ressources biologiques sont des éléments essentiels de l'effort du Canada pour réaliser le développement durable. Les écosystèmes, les espèces et les ressources génétiques de la Terre, tant individuellement que collectivement, soutiennent la société écologiquement, spirituellement et culturellement, constituant, avec l'exploitation des minéraux, des produits pétroliers et des autres ressources non renouvelables, la base de notre économie. La diversité des organismes vivants de la planète assure la survie des processus écologiques essentiels et offre à l'humanité une plus grande gamme de ressources.

Services vitaux

Les écosystèmes se composent d'une gamme variée d'animaux, de plantes et d'autres organismes remplissant chacun un rôle particulier. Ils nous rendent des services écologiques, comme la conversion de l'énergie solaire en hydrates de carbone et en protéines, la production d'oxygène, la purification de l'eau et la régulation du climat. Ils produisent le sol dans lequel nous plantons nos cultures et ils enlèvent les gaz à effet de serre présents dans l'air. La santé humaine dépend de ces services écologiques; pourtant, la société ne les a jamais appréciés à leur juste valeur.

Satisfaction des besoins et aspirations des humains

La diversité de la vie sur Terre nous offre une multitude d'options pour satisfaire nos besoins et nos aspirations, y compris notre besoin d'emplois rémunérés. Des millions de gens qui oeuvrent dans le secteur de l'agriculture, de la pêche et de l'exploitation forestière ont besoin des ressources biologiques pour gagner leur vie. L'écotourisme et les loisirs de plein air prennent une place de plus en plus importante dans notre économie. Il en est de même de la recherche-développement en pharmacologie et en biotechnologie. De nombreuses collectivités autochtones, en particulier dans le Nord, comptent sur la pérennité des ressources biologiques qu'elles récoltent pour une bonne partie de leur alimentation et de leur revenu.

Soutien des collectivités canadiennes

Dans tout le pays, des collectivités se sont développées avec des cultures et traditions qui leur sont propres et qui sont fondées sur l'activité principale qu'on y pratique, de la pêche à la chasse en passant par l'agriculture. L'avenir de ces collectivités et de leur économie est directement lié à l'utilisation durable des ressources biologiques.

Importance spirituelle et identité nationale

Pour bon nombre de Canadiens, la diversité des espaces et des espèces au pays est source d'inspiration émotionnelle, artistique et spirituelle et un symbole de l'identité culturelle. Les peuples autochtones ont développé, au cours des millénaires, une relation culturelle intime avec la nature. La beauté naturelle de Terre-Neuve, avec ses côtes accidentées, du Golfe Saint-Laurent, des Grands Lacs, du Bouclier canadien, de la Prairie, des forêts de la côte ouest et de l'Arctique a contribué à façonner l'esprit canadien. Cette beauté sauvage et primaire - qu'ont su capter peintres, écrivains et musiciens - définit notre pays à ses habitants et au monde entier. Beaucoup de Canadiens croient que chaque espèce a sa valeur intrinsèque, peu importe sa valeur pour l'humanité, et que la société humaine doit se construire dans le respect de la vie qui l'entoure. Selon eux, il faut préserver la biodiversité pour elle-même, quelle que soit sa valeur économique ou autre pour les humains.

Garantie pour l'avenir

Le riz, le mais et le blé fournissent près de 60 % des calories et protéines que nous tirons des plantes. Il existe des dizaines de milliers d'autres plantes comestibles sur Terre. Nous pourrions peut-être en avoir besoin un jour pour nourrir la population mondiale grandissante.

Organization de Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 1993

Garantie d'avenir

La préservation de la biodiversité de la Terre et l'utilisation durable de ses ressources biologiques nous laissent la marge de manoeuvre qu'il nous faut pour réagir à des conditions environnementales changeantes et imprévues. Le fait de maintenir, comme pays, notre potentiel de créativité, de productivité et de compétitivité nous laissera également la possibilité de découvrir et de concevoir de nouveaux aliments, médicaments et produits industriels. Par exemple, de nombreuses espèces végétales indigènes du Canada doivent supporter des hivers froids et des étés chauds. Ces plantes possèdent peut-être du matériel génétique qui pourrait servir à la mise au point de variétés qui résistent à de plus grands écarts de température. En négligeant de conserver la biodiversité, on met en péril nos options, notre souplesse et nos possibilités économiques futures et on transmet aux générations à venir des coûts énormes. La conservation de la biodiversité est un investissement dans l'avenir et représente une bonne affaire.

B. Biodiversité en péril

Malgré son importance pour l'humanité, la biodiversité est actuellement en crise, à l'échelle mondiale. La diversité des écosystèmes, des espèces et des gènes s'appauvrit, en grande partie à cause de l'activité humaine, et ce à un rythme anormalement élevé. Certains estiment que le rythme actuel d'extinction des espèces du globe serait de 1 000 à 10 000 fois supérieur au rythme naturel. Des scientifiques soutiennent que plus de 25 % du nombre total d'espèces sur la Terre pourraient disparaître d'ici les premières décennies du siècle prochain. Des forêts, des terres humides, des lacs, des littoraux et d'autres zones naturelles sont modifiés par l'activité humaine, tandis que la variété génétique à l'intérieur des espèces, y compris dans les cultures domestiquées et chez les animaux domestiques, est en décroissance. Ces changements menacent nos écosystèmes et les services écologiques qui permettent la vie sur Terre.

L'extinction des espèces atteint actuellement un rythme sans précédent. Des scientifiques estiment que nous sommes sur le point d'assister à une extinction massive et que nous en sommes responsables.

E.O. Wilson, 1992

Les changements dans l'état de nombreuses espèces est un indicateur important du déclin de la biodiversité. Le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) étudie dans quel état se trouvent mammifères, oiseaux, poissons, amphibiens, reptiles, végétaux, lépidoptères et mollusques d'eau douce. Sur le petit nombre d'espèces examinées jusqu'à maintenant, 255 ont été désignées comme étant disparues, disparues au Canada ou plus ou moins menacées de disparition et, chaque année, de nouvelles espèces s'ajoutent à la liste. On connaît mal la situation de certaines espèces de champignons, de bactéries, de virus et d'invertébrés. En effet, une bonne moitié du nombre estimatif de 140 000 espèces non virales et la vaste majorité du présumé nombre de 140 000 virus n'ont pas encore été identifiés. Ce manque de connaissances vient compliquer notre tâche de conserver la biodiversité et d'utiliser les ressources biologiques de façon durable.

Le caractère unique des espèces du Canada

La rigueur des changements de saisons au Canada a forcé les espèces qui y vivent à acquérir une grande capacité a'adaptation. Les espèces ont dû développer des compsés isolants, des antigels et des échangeurs de chaleur, changer leurs habitudes alimentaires et modifier fréquemment leur cycle de vie, par exemple en hibernant ou en migrant.

Dans les temps modernes, la réduction de la biodiversité au Canada est surtout attribuable aux activités humaines. Les impacts cumulatifs de l'industrie, de l'agriculture, de l'exploitation forestière, de la pêche commerciale, de l'étalement urbain, de l'aménagement de corridors de transport et de notre forte consommation de ressources par habitant ont entraîné la dégradation des écosystèmes et des habitats et la réduction du nombre d'espèces et de leur diversité génétique. Les écosystèmes et l'habitat sont aussi détériorés par la pollution, par l'introduction d'espèces étrangères et par la fragmentation résultant d'une foule d'aspects de l'activité humaine.

C. Conservation de la biodiversité : une responsabilité partagée

En vertu de la Constitution canadienne et de certaines dispositions administratives, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux partagent la responsabilité légale de la gestion des ressources biologiques et des environnements terrestres, marins et d'eau douce. De même, les autochtones dans les réserves et sur les terres qui leur sont conférées par des ententes ont certains pouvoirs vis-à-vis la gestion de ces ressources. Par conséquent, des ententes entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et les autorités autochtones ont abouti à des efforts conjoints de gestion des espèces sauvages, des poissons et des forêts. Ces efforts doivent se poursuivre.

Combien y a-t-il d'espèces?

De nombreux scientifiques croient que la Terre abrite entre 5 et 25 millions d'espèces. Ceratins pensent qu'il pourrait y en avior jusqu'à 100 millions! Même le nombre d'espèces répertoriées jusqu'à présent est incertain : les estimations vont de 1,4 à 1,8 million d'espèces.

World Conservation Monitoring Centre, 1992

Il existe actuellement un vaste éventail de politiques et de programmes pour gérer les ressources biologiques du pays. Qu'il s'agisse de l'Accord canadien sur les forêts, de la Politique des espèces sauvages pour le Canada, de la stratégie RESCAPÉ et de la Politique fédérale sur la conservation des terres humides ou de mesures provinciales et territoriales comme des stratégies de conservation et de développement durable, des politiques sur les espèces sauvages et les terres humides, des plans d'aménagement forestier et des stratégies sur les zones protégées, tous sont autant de manifestations des efforts déployés par les administrations publiques pour promouvoir le développement durable par la conservation de la biodiversité et l'utilisation durable des ressources biologiques. Ces efforts fournissent à la Stratégie canadienne de la biodiversité une base solide sur laquelle elle pourra s'appuyer en favorisant une plus grande coopération et coordination entre les gouvernements.

Depuis quelques années, les gouvernements ont recours à différents procédés pour donner au public voix au chapitre dans les décisions affectant la biodiversité. En tirant parti des connaissances, expériences et intérêts de leurs citoyens, les gouvernements tentent d'élaborer et de mettre en oeuvre des politiques et programmes fidèles à l'échelle des valeurs des Canadiens. Ils s'efforcent également de constituer une base solide d'appui et d'éviter les conséquences néfastes des nouvelles initiatives.

Des partenariats regroupant les gouvernements, les organisations écologistes non gouvernementales et le secteur privé, ainsi que des initiatives individuelles et communautaires de gérance environnementale, seront essentiels pour atteindre les buts de la Stratégie canadienne de la biodiversité. Les entreprises et industries, les collectivités locales et autochtones, les groupes de citoyens et les particuliers posent tous des gestes qui influent sur la diversité biologique. Au fur et à mesure que des revendications territoriales sont réglées, les populations autochtones gèrent, en collaboration avec d'autres instances, de vastes étendues de territoire et des ressources qui s'y trouvent. Les organisations écologistes élaborent et exécutent des programmes d'information et d'éducation pour mobiliser l'action publique. Des entreprises, des agriculteurs indépendants et des propriétaires fonciers privés gèrent tous d'importantes portions du territoire du Canada. La participation active de tous les Canadiens à l'effort de conservation de la biodiversité et d'utilisation durable des ressources biologiques revêt une importance vitale.

Qui aurait cru?

En étudiant la biodiversité, les scientifiques ont pu mettre au point bon nombre de nos médicaments.

  • que la pervenche de Madagascar pourrait aider à soigner la leucémie infantile!
  • que le venin d'abeille pourrait servir à traiter l'arthrite!
  • que l'étude des ours noirs en hibernation donnerait des indices sur la façon de guérir les personnes atteinte d'insuffisance rénale!
  • on que la digitale pourprée, espèce indigène en Europe occidentale et au Maroc, pourrait être utile pour soigner les défaillances cardiaques!

Une sensibilisation accrue aux conséquences environnementales des activités quotidiennes a déjà motivé des personnes à tenter d'adopter un mode de vie plus durable. Des particuliers et des collectivités adoptent des habitudes propres à réduire leur impact sur l'environnement. Des industries établissent des codes de bonnes pratiques, changent leurs habitudes d'aménagement du territoire et prennent d'autres mesures pour faire en sorte que leurs opérations soient plus écologiques. La Stratégie canadienne de la biodiversité s'appuie sur ces efforts, mais elle n'aura de succès que si tout le monde reconnaît que le statu quo n'est pas une option acceptable.

D. La biodiversité et l'avenir

Si nous refusons de reconnaître le lien entre la perte de biodiversité et le bien-être de l'humanité, les générations à venir devront subir des coûts importants en termes écologiques, économiques, sociaux et culturels. Des écosystèmes forestiers, agricoles et aquatiques dégradés sont moins productifs et demandent plus de soins si nous voulons qu'ils continuent à soutenir les collectivités qui en dépendent. Selon des estimations récentes, par exemple, il en coûtera plusieurs milliards de dollars pour gérer la crise occasionnée par l'interruption de la pêche du poisson de fond sur la côte est. L'érosion du sol a coûté des centaines de millions de dollars au secteur agricole, et il en est de même des programmes de restauration actuellement en cours dans le Saint-Laurent, les Grands Lacs et le bassin du Fraser.

Pour garantir notre future prospérité, nous devrons tenir compte de la valeur de la biodiversité dans nos actions et décisions. Les leçons de notre propre histoire nous indiquent l'importance de la conservation de la biodiversité et de l'utilisation durable des ressources biologiques. Notre production de blé a grandement bénéficié de la reproduction sélective de blé domestique à partir de matériels génétiques tirés de plantes sauvages parentes provenant d'autres parties du monde. Si ces plantes parentes n'avaient plus existé, la production de blé n'aurait jamais atteint son rythme actuel. Si nous échouons dans la conservation de la biodiversité, nous risquons de perdre du matériel génétique qui pourrait servir à accroître davantage notre productivité agricole. Nous risquons de perdre des occasions de mettre au point de nouveaux médicaments et produits industriels. En bref, nous risquons de perdre des occasions d'améliorer notre qualité de vie. Nous pouvons toutefois éviter ces coûts si nous reconnaissons qu'une action préventive et une gestion plus prudente des ressources de la Terre sont plus rentables, à long terme, que de s'en remettre à des programmes pour réparer les dommages une fois le mal fait.

E. Contribution à la conservation de la biodiversité mondiale

Avec ses quelque 13 millions de kilomètres carrés de territoire terrestre et aquatique, le Canada est l'un des plus grands pays de la planète. Comme Canadiens, nous sommes les gardiens de presque 20 % des espaces sauvages de la planète, de 24 % de ses terres humides, de 20 % de ses eaux douces et de 10 % de ses forêts, ainsi que de 244 000 kilomètres de littoral et d'un écosystème arctique qui couvre près du quart de notre masse continentale. Certains des caractéristiques écologiques du Canada contribuent aux processus écologiques de la Planète. Nos forêts, nos marais et nos tourbières, par exemple, servent de puits aux gaz à effet de serre, tandis que la région de l'Arctique agit comme réservoir thermique du globe en refroidissant l'air et en absorbant la chaleur transportée des tropiques vers le nord.

Les jardins du patrimoine au Canada

Des membres du Programme de conservation des variétés anciennes agissent pour préserver la diversité génétique des fleurs, fruits et légumes de notre patrimoine : ils plantent de ces espèces dans leurs jardins et en partagent les graines avec d'autres personnes et groupes intéressés.

Le Canada compte également dans sa population des citoyens spécialisés et expérimentés, agriculteurs, pêcheurs, travailleurs forestiers, trappeurs, scientifiques, aménagistes, gestionnaires et exploitants de ressources, gens d'affaires et écologistes, à qui il peut faire appel pour relever les défis posés dans la Convention. Forts de notre expertise en gestion des ressources biologiques, en télédétection, en imagerie satellite et en systèmes d'information géographique, nous pouvons mettre nos connaissances scientifiques, traditionnelles et techniques au service des efforts de conservation à l'échelle du globe. Notre expérience en élaboration de politiques peut aussi être utile aux décideurs et à d'autres intervenants. Il y a longtemps que le Canada partage son savoir-faire et ses ressources financières pour aider d'autres pays à conserver la biodiversité et à faire une utilisation durable de leurs ressources biologiques. La Stratégie canadienne de la biodiversité reconnaît notre devoir de continuer à contribuer aux efforts mondiaux pour atteindre ces objectifs.