Évaluation des produits et services écologiques
dans les secteurs des ressources naturelles du Canada

Préparé pour Environment Canada
par DSS Management Consultants Inc.
Peter Victor
Novembre 2010

Sommaire1

Le présent rapport décrit une nouvelle méthode pour évaluer la « subvention naturelle » des produits et services écologiques (P. et S. E.) dans la production de divers produits économiques liés à la nature. Il s’agit d’une recherche préliminaire visant à appuyer l’évolution des connaissances sur la meilleure façon de reconnaître  la signification économique, écologique et sociale des services biodiversitaires et écosystémiques. Le document a soulevé plusieurs questions en vue d’un examen plus poussé par les experts.

Les termes « produits et services écologiques » ou « services écosystémiques » tels qu’ils sont définis dans l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire préparé par les Nations Unies (EEM 2005) s’entendent des avantages que retirent les êtres humains des processus naturels et des fonctions d’écosystèmes sains. L’EEM catégorise ces avantages en quatre types de service : les services d’approvisionnement, de régulation, de soutien et culturels. Les services d’approvisionnement ou les « produits » comprennent l’eau, la nourriture, les combustibles, les fibres, les produits médicinaux et les ressources génétiques que « fournit » la nature. Les sociétés humaines ont attribué une « valeur marchande » à la plupart de ces produits puisqu’ils sont échangés contre de l’argent ou un substitut.

Toutefois, les trois autres types de services écosystémiques ne sont pas considérés comme ayant une valeur marchande et leurs avantages sont souvent tenus pour acquis. Les services de régulation comprennent la pollinisation, la purification de l’air et de l’eau et la régulation naturelle du climat, des maladies, de l’eau, des insectes ravageurs et de l’érosion des sols. Les services de soutien comprennent la formation du sol, le cycle des substances nutritives et la production primaire (la base de la chaîne alimentaire). Enfin, les services culturels couvrent les avantages non matériels c’est-à-dire le volet spirituel et religieux, récréatif et écotouristique, esthétique, inspirationnel, éducatif, le sentiment d’appartenance et le patrimoine culturel. Certains de ces services fournissent des fonctions fondamentales alors que d’autres sont essentiels au bien-être et à la qualité de la vie humaine.

Statistique Canada collecte régulièrement des statistiques économiques sur les produits naturels (les récoltes, le bétail, le bois d’œuvre, le poisson, etc.) des secteurs de l’agriculture, de la foresterie et des pêches afin de les intégrer dans le système de comptabilité nationale du Canada. L’évaluation des produits fait partie de la méthodologie statistique de routine utilisée par Statistique Canada et est fondée sur les prix du marché.  

Lorsque les P. et S. E. fournissent des intrants (eau, sol, pollinisation, etc.) qui influent sur le rendement des produits commercialisés, ces intrants ne sont habituellement pas inclus dans le calcul de l’activité économique des secteurs dérivés des ressources ni pris en compte dans le système de comptabilité nationale du Canada.

Cette analyse vise à établir la valeur économique des « subventions naturelles » que sont les P. et S. E. pour les secteurs des ressources naturelles du Canada afin d’en préciser la signification et établir la valeur des services écosystémiques. L’analyse visait les objectifs suivants :

  1. démontrer comment on peut évaluer de façon rigoureuse les subventions naturelles  en combinant des statistiques économiques conventionnelles avec des données écologiques appropriées;
  2. produire des estimations de la valeur économique de ces subventions naturelles;
  3. discuter de la signification économique des produits liés à la nature dans l’économie canadienne et de l’apport de ces subventions naturelles dans la production économique;
  4. montrer comment ces résultats servent à analyser des politiques;
  5. communiquer aux décideurs et au public l’importance de prendre en compte ces subventions naturelles dans les décisions stratégiques en matière d’économie et d’environnement.

 Établir des données quantitatives fiables de ces contributions présente un énorme défi.  Les auteurs de cette analyse adoptent l’approche de l’évaluation économique en combinant la théorie et les principes économiques avec les connaissances écologiques. Il y a plusieurs méthodes économiques possibles chacune ayant ses points forts et ses limites. Bien qu’il existe de nombreux paramètres lorsqu’il est question d’écosystèmes, les auteurs affirment que les données écologiques disponibles présentent des lacunes importantes pour ce type d’analyse, en particulier celles se rapportant à la signification des intrants P. et S. E., aux unités de mesure, aux statistiques de base de chacun de ces éléments et à leur relation fonctionnelle avec les produits économiques (c.-à-d. les coefficients d’impact). Selon les auteurs, la grande priorité est de corriger ces lacunes d’où la pertinence de cette méthode d’évaluation.

On utilise généralement la méthode de la fonction de production dans l’économie de bien-être conventionnelle; sa logique impose des limites sur le type de données qui peuvent être intégrées dans la présente analyse. Par conséquent, on a examiné une autre classification des services écosystémiques, soit celle de Boyd et Banzhaf (2006:8), qui propose un indice comme mesure uniforme des services écosystémiques au bien-être humain.  Selon eux, les services écosystémiques sont « des éléments de la nature appréciés, consommés ou utilisés et qui contribuent directement au bien-être humain. »  Fait important à remarquer, cette définition ramène les services écosystémiques à des « choses » et non à des fonctions ou à des processus.

Vus sous cet angle, les fonctions et les processus sont des produits intermédiaires importants qui fournissent des produits finis mais dont la valeur est incorporée dans celle des produits finis pour éviter une double comptabilisation. Par conséquent, les types de services écosystémiques qui peuvent être évalués selon la méthode modifiée de la fonction de production sont les suivants : pollinisation, qualité du sol, apport d’éléments nutritifs, approvisionnement d’eau, production primaire, qualité de l’eau et habitat essentiel.

Le présent rapport montre comment les méthodes économiques peuvent produire des mesures raisonnables de la valeur des produits découlant des services écosystémiques. Il présente une approche novatrice qui utilise une version modifiée du modèle Cobb‑Douglas de la méthode de la fonction de production et les résultats de cette approche. Ces résultats sont conformes aux exigences de l’analyse coûts-avantages, une méthode d’analyse très utilisée. Le rapport indique comment la méthode peut être mise en application,  fournit les premières estimations de l’importance des valeurs pour une sélection de ces intrants au Canada et explique la pertinence de la méthode dans les analyses des politiques futures.

Afin d’appliquer cette méthode modifiée de la fonction de production, les estimations de la valeur économique ont été calculées pour les produits de trois secteurs et de trois  intrants de services écosystémiques :

  • Une réduction de 50 % des pollinisateurs sauvages entraîne une perte annuelle de quelque 53 millions de dollars de la valeur de la production de fruits avec une  perte nette de 84 millions de dollars de surplus des consommateurs;
  • Une réduction de 50 % de l’approvisionnement d’eau se traduit par une perte annuelle de quelque 375 millions de dollars de la valeur de la récolte de bois et une perte nette correspondante de 500 millions de dollars de surplus des consommateurs;
  • Une réduction de 50 % de la production primaire se traduit par une perte annuelle de 5,8 millions de dollars du surplus économique lié à la pêche et une perte nette correspondante de 7,5 millions de dollars de surplus des consommateurs.

Les auteurs indiquent que les points forts de cette approche méthodologique sont :

  • Mesures écologiques fondées sur les sciences naturelles;
  • Facilité de mise à jour indépendante des bases de données économiques et écologiques;
  • Facilité de communication;
  • Rigueur économique et théorique;
  • Compatibilité avec les mesures économiques conventionnelles;
  • Approche hors échelle;
  • Utile dans diverses applications;
  • Risque réduit d’une « double comptabilisation ».

Les auteurs ont également précisé que cette approche comporte des limites méthodologiques que voici :

  • Limites génériques de l’évaluation économique, p. ex. des prix du marché faussés donnent lieu à des prix faussés des produits et services écologiques;
  • Connaissance limitée de l’impact des changements des fournitures de produits et services écologiques sur la production économique des divers produits liés à la nature;
  • Équilibre partiel hypothétique – ne tient pas compte du fait qu’un changement éventuel du prix d’équilibre d’un seul produit se répercutera dans toute l’économie;
  • L’absence de comptabilisation des substituts de services écosystémiques, p. ex. possibilité d’utiliser des abeilles domestiquées pour la pollinisation advenant une baisse du nombre de pollinisateurs sauvages;
  • Absence de comptabilisation des impacts économiques au-delà de l’étape de la production primaire, p. ex. la valeur des produits industrialisés.

Les auteurs de cette analyse recommandent des correctifs aux applications des analyses et priorités stratégiques afin de les améliorer, par exemple pour qu’elles reflètent les valeurs de l’ensemble des produits.

 


1 Le présent sommaire à la direction est tiré du rapport technique préparé par DSS Management Consultants Inc. (Edward Hanna, Peter Victor, Ph. D. et Tia Hanna). Le rapport reflète uniquement les opinions de DSS Management et non les vues ou les positions d’Environnement Canada ou du gouvernement du Canada. Novembre 2010.